Opinion

La bonne alimentation est nécessaire à une bonne santé. Cet adage, si vrai dans l’absolu, risque malheureusement de se transformer dans notre pays en un slogan creux en raison des mauvaises habitudes alimentaires qui s’y sont installées. Ces mauvaises pratiques alimentaires se sont invitées peu de temps après l’indépendance ; discrètes au début, plus envahissantes ensuite, pour devenir conquérantes aujourd’hui. Je ne discuterai pas ici les facteurs qui les ont favorisées, ils sont assez bien connus. Je dirai seulement qu’il y a entre autres l’augmentation du  pouvoir d’achat des citoyens, l’entrée du pays dans la mondialisation et l’intrusion chez nous des modes de consommation occidentaux. Je voudrais parler de ces nouvelles pratiques alimentaires pour surtout mettre l’accent sur leurs effets néfastes et dire les maladies quelles vont occasionner à la population.

Il y a d’abord le recul de l’allaitement maternel. Près du ¼ des nouveaux nés algériens ne sont pas mis au sein. On leur propose d’emblée le biberon. Ceux qui sont nourris par leurs mères sont allaités de moins en moins longtemps. La durée de l’allaitement s’est réduite ces trois dernières décennies comme une peau de chagrin, au point où trop peu de nourrissons ont encore le lait maternel à 6 mois et rares sont ceux qui en bénéficient 2 années.  

Nous sommes donc en train de perdre dans notre pays les bénéfices nutritionnels du lait maternel et son rôle protecteur contre les infections et contre nombre de maladies, y compris des maladies qui se révèleront à l’âge adulte comme le diabète ou l’hypertension artérielle.

Par ailleurs, nombre de nos enfants mangent trop de calories, trop de sucres, trop de sel et trop de graisses. L’addiction au sucre se fait dès le jeune âge. Le sucre est partout, entre autre dans les 50 à 60 litres de sodas et de jus que l’algérien boit par an. Quant aux matières grasses, elles sont très évidentes dans la nourriture fast food et elles sont aussi très présentes, sous une forme souvent masquée, dans les aliments industriellement préparés.

A cela s’ajoute le fait que la pratique de l’exercice physique diminue, que les petits écrans la remplacent et occupent de plus en plus le temps libre de nos enfants.

Du coup, surpoids et obésité augmentent de façon spectaculaire dans la société algérienne. Il y a autant d’enfants en surpoids à Alger que dans la région Parisienne, 1 homme sur trois et 1 femme sur 2 sont en surpoids dans notre pays. Nous en connaissons les risques métaboliques, les risques cardiovasculaires ou articulaires mais il y a aussi  le risque accru de cancers.

Le recul de l’allaitement maternel, la mal bouffe et la faible pratique des activités physiques sont là et bel et bien là. Nous n’en avons pas empêché l’intrusion dans nos habitudes de vie et nous avons perdu une première bataille. Il nous reste à nous mobiliser pour ne pas subir d’autres défaites et perdre la guerre. La santé de notre population, donc son avenir, en est l’enjeu.

 Dr Nabil CHAOUI